Tuesday, June 13, 2006

Chaleur, Starbucks et cheveux qui poussent...

On ne peut pas dire que le mois de mai ait été à la hauteur de ce qu'il se doit d'être dans le déroulement normal des saisons ! ( Cad un régulateur thermique nous permettant de nous réhabituer progressivement aux températures estivales... )Du coup l'arrivée des grosses chaleurs de ces quelques derniers jours nous a tous surpris, tant on s'habitue finalement à tous les dérèglements météorologiques dont les dont les reportages télé se plaisent à nous rappeler que nous sommes la cause !

Mes journées paraissent un peu longuettes, vu que je n'ai rien à faire jusqu'aux environs de 17h, moment de mon départ pour le travail. Alors, je m'applique à me trouver des occupations m'aidant à faire filer un peu plus rapidement les heures, et je dois bien dire que la découverte du Frappuccino saveur café, assis dans un canapé derrière la vitrine du Starbucks de la rue des Archives, m'a complètement séduite ! A trois reprises déjà, je m'y suis rendu pour admirer les garçons qui passent devant moi l'air de ne pas y toucher, mais dont le regard bifurque toujours vers l'intérieur du coffe house. Et, mon livre à la main, je lis une à une avec délice les pages du "Danseur de Manhattan" de Andrew Holleran, en sirotant mon breuvage glacé. Le soleil tape, les esprits s'échauffent...

Tout dans Paris retrouve une couleur différente. Et -c'est sans doute mon départ très prochain qui veut cela- j'ai des envies de découverte. Du coup je me balade comme jamais, longeant les rues, tout seul avec mon baladeur dans lequel passent et repassent mes chansons favorites. ( Pour le moment j'écoute en boucle la bande originale de "Viva Paradis", l'avant-dernier spectacle du Paradis Latin )
J'aimerais avoir ma main dans celle de quelqu'un qui se promènerait à mes côtés, mais je me suis un peu résigné, tant j'ai du mal à croire que je finirai pas trouver quelqu'un qui voudra partager plus que ses nuits avec moi.

Mais quelles nuits !
Il faut dire qu'avec le soleil, les phéromones se remettent à voyager dans l'air, et le corps exulte dès qu'il en trouve la possibilité. Je croise des visages, des mains, des torses, des bites et des culs aussi... Parfois c'est long, parfois tout est fait en dix minutes... Rien de difficile à cela. Il suffit de comprendre les règles du jeu et de s'y tenir.
Je crois qu'à force de ne pas trouver quelqu'un qui m'aime, je reporte mon besoin d'affection sur mon potentiel sexuel. Le sexe est ma substance psychotrope !

Mes cheveux poussent à vive allure !
Il faut dire que je les aide au maximum. Forcapil tous les matins et levure de bière trois fois par jour depuis un mois et demi... Je veux avoir les cheveux longs, et cette fois je vais tenir le coup le temps qu'il faudra ( Même si dans une page précédente je faisais constat de mon manque de volonté en cette matière. ) La casquette Nike en velours beige clair, et le chapeau jazzy de chez Citadium que je me suis récemment acheté, font la part belle à la période de transition entre le court et le longs, bien que je redoute un peu les jours chauds qui se pointent !

J'ai changé la présentation de mon blog, parce que j'avais envie d'oublier le côté strict de l'ancien...

Le jokari m'attend dans le jardin...

Tuesday, May 23, 2006

If you reach for the stars, all you get are the stars !

Retour vers Paris dans quelques heures.
Dernière ligne droite avant le déménagement.

Friday, May 19, 2006

Eternal Sunshine for...

La petite escapade professionnelle bruxelloise se termine tout doucement.
Les jours n'auront pas été de tout repos, mais c'est pour la bonne cause ! Je ne m'en plains aucunement.
Le travail avec les élèves d'Hélène Theunissen et ceux de Daniel Hanssens s'est très bien déroulé. Et malgré la différence des deux projets artistiques, il m'a été tout aussi intéressant de plancher sur l'un que sur l'autre.
J'aimerais vraiment pouvoir redonner cours de mouvement. J'adore chercher et trouver avec les élèves. Essayer plein de propositions de mouvements, et puis parfois tout effacer pour aller vers autre chose.

Du coq à l'âne, maintenant...
Hier, nous avons eu la première répétition technique de FEVER pour la représentation spéciale qui se tiendra le 21 mai pour les 10 ans du théâtre de la Toison d'or. Tout se fera au Louise Gallery. ( Une boîte branchée de la capitale )
Le problème, c'est que nous devons jouer avec des micros car l'endroit est énorme, et techniquement, c'est assez désagréable. ( On ne s'entend pas, on entend les voix des gens dans les coulisses, il y a les questions de larsen, etc... )
On s'est appliqué et on ne sait pas vers où on va, mais le principal sera de s'amuser.

Je n'ai pas vraiment hâte de revenir sur Paris. Mais l'idée de n'y être plus que pour deux mois me réjouis heureusement...

Saturday, May 06, 2006

Bonne question !

Je ne sais pas si c'est la décision de mon retour en Belgique ou une humeur plutôt aventurière qui me pousse, mais ces derniers temps je suis en pleine découverte du Paris "interdit". J'avais depuis longtemps envie de savoir à quoi ressemblaient les cruising-bars gays de la capitale française, mais le courage d'y entrer me lâchait en général lorsque je me trouvais devant la porte.
C'est du passé ! Je suis entré, j'ai vu et... J'aime ça !
Oui, je dois bien admettre que je me reconnais davantage dans ce milieu un peu "hard" que dans celui des fashion-victims habillées en Gucci et Prada. Car, au-delà des nombreux codes vestimentaires et comportementaux qui font l'essence même du milieu "Cuir & Latex", en quelques visites seulement, j'ai eu l'occasion de rencontrer des gens vrais, ayant simplement envie d'assumer leurs envies sexuelles. Une fois les codes dépassés, il y a une véritable écoute et un échange que je ne pensais pas trouver là, à priori.
Alors bien entendu, il faut accepter de voir passer des hommes nus tenus en laisse par leur maître, d'être assis à côté de gars torse-nu se travaillant les tétons, et de sentir des mains se poser sur son entre-jambes de temps en temps, mais au moins quand on leur adresse la parole, les hommes de ce type de bars ont plus qu'un caillou dans la tête, et on des choses à partager, si ce n'est à vous apprendre. ( Tant au niveau sexuel que de la vie de tous les jours d'ailleurs )

On dira ce qu'on voudra, c'est quand même souvent là où on ne s'y attend pas qu'on trouve ce qu'on cherchais depuis un moment...

Thursday, April 20, 2006

La vie continue.

Rien de bien passionnant à l’horizon. Les vacances scolaires françaises ne remplissent pas les salles de spectacles comme on aurait pu l’espérer ( A se demander s’il est encore un évènement particulier qui le fasse ! ). Les responsables de production continuent à brader le prix des places, mais la fréquentation reste faible. Désintérêt du public face au trop grand nombre de spectacles à l’affiche ? Piètre qualité desdites productions ? Goût de déjà vu ?
En tout cas, ça n’engage pas au positivisme, et du coup, entre les heures d’arrivées des spectateurs, j’ai le temps de lire et de lire encore…
Je bouffe du livre comme jamais auparavant. Moi qui pensais ne pas aimer la lecture, je me rends compte que je suis passé à côté de beaucoup de choses durant toutes ces années où je ne lisais pas. « La vérité est dans les livres », dit le proverbe ! Et c’est bien vrai.Le temps passe tellement plus vite quand on lit. C’est très bien. Qu’il passe au plus vite…
Dans cinq jours : Londres ! Ma sœur n’y a encore jamais été, et mes parents lui offrent le voyage. Je lui servirai de guide.
J’ai envoyé ma lettre de préavis de départ à mon propriétaire, il y a une semaine. Ça y est, c’est décidé, je quitte l’appartement co-loué pour… la Belgique ! Paris n’est pas le bon endroit. Cette ville est sale, triste et remplie d’egos surdimensionnés. On m’avait prévenu : C’est chacun pour sa gueule et tous les coups sont permis. Surtout les plus bas. Ce qui manque visiblement, c’est la rigueur ! Et finalement, je crois que lucrativement, il est plus intéressant de faire du porno que de s’essayer à l’écran ou la scène, tant on se moque de votre travail.
Avec le recul de ces -bientôt- deux années, je n’ai l’impression d’avoir enchaîné qu’arnaques et déceptions. Mais même si le constat est difficile à faire, parce que j’aurais aimé que tout se passe autrement, il me permet de me rendre compte de mes priorités, de mon intégrité et de la relativité de ce que veux dire « s’épanouir ». J’en sors grandi quoi qu’il arrive. Et l’avantage, c’est que j’ai encore toute la vie devant moi pour recommencer et relancer d’autres projets ; ce que d’autres n’ont plus. Je vais en profiter. Et puis, il est temps de faire de mes défauts des qualités.
Ca va bouger.

Sunday, April 09, 2006

La symphonie des adieux

Hé bien…
« La symphonie des adieux » aura vraiment été le plus fastidieux à terminer des trois tomes de la bio d’Edmund White. A plusieurs reprises j’ai eu envie de laisser tomber la lecture, mais l’ayant trop fait au cours de mes années de scolarité avec les bouquins imposés par mes professeurs, je me suis dit qu’en adulte accompli il était temps de mener mes initiatives jusqu’au bout. J’avais acheté la trilogie, je la lirais ! J’ai donc avalé les 575 pages du dernier épisode sans broncher.
Ce qui m’avait un peu déconcerté dans les deux premiers m’a été carrément insupportable dans celui-ci. L’esprit digressif de l’écriture fonctionne en effet sur une trois-centaine de pages, mais sur le double c’est un peu usant. On saute d’une description à une rencontre, en passant par un souvenir ou une métaphore, puis une expérience, pour revenir sans transition à la description du départ. Mais bien que la multitude de rencontres faites par l’auteur fassent la richesse de ce livre de clôture, j’aurais aimé pouvoir m’installer davantage dans la lecture, n’aurait-ce été que dans deux ou trois chapitres…
Et puis la fin trop rapide a un côté frustrant que ne donnaient pas les aventures de départ. Les descriptions se font traînantes durant dix chapitres, les corps se touchent sans qu’on ne l’apprécie vraiment ( ni l’auteur ni nous ), puis finalement tout le monde s’éteint dans le onzième à une vitesse éclair. Ne soyez pas déçu de connaître la fin avant d’avoir lu, car le dernier chapitre est celui qu’utilise le résumé fait sur la couverture arrière. On sait donc la fin avant d’avoir démarré.
Cela étant, ça ne remet en rien en cause le talent de Monsieur White. Simplement, « La symphonie des adieux » offre moins de surprise.

Et au sortir d’un livre, rien ne vaut mieux que de plonger dans un autre.
Je suis donc passé aux « Mots à la bouche » et chez « Blue Books » faire le plein de lecture pour le mois à venir. Petite sélection de romans plus courts. « La nuit des princes charmants » de Michel Tremblay, « J’apprends l’Allemand » de Denis Lachaud, « Le fil » de Christophe Bourdin,"Les cowboys de la nuit" de Michel Dorais et je viens d’entamer le délicieux « 50 façons de dire fabuleux » de Graeme Aitken.

Ah ! Et à propos, c’est mon anniversaire.
Cette année je n’en n’ai rien, mais alors absolument rien à cirer. Je me suis réveillé comme tous les autres matins, avec seulement l’envie que la journée soit déjà terminée et l’appréhension des futurs coups de téléphone. Téléphone que je n’ai branché qu’aux environs de 12h00. Etrange. Tout continue à s’affadir.
Hier soir, je regardais mon visage dans le miroir en y appliquant de la crème, avant d’aller me coucher, en me demandant ce que je valais, qui j’étais vraiment, et à quoi je servais vraiment. J’ai de ces cernes ! Effrayant. Ça m’a rappelé qu’en 2001, pendant les vacances, Julie Loriaux me l’avait déjà fait remarquer en me disant même qu’on avait l’impression que quelqu’un m’avait fait un œil au beurre noir.

J'ai tellement envie de ne pas me réveiller...

Thursday, March 16, 2006

The Produceeeeeeers Leo and Maaaaaaaaax

Heureusement, hier je suis allé me taper deux heures quart de bonheur à la séance de 13h00 de la sortie de "The Producers"...

Deux heures de bonheur et de répit.

Y avait longtemps...

Et voilà le moral bas qui refait surface ! Il m’aurait fort étonné que Paris reste lumineuse bien longtemps. Je ne sais vraiment pas ce que je suis venu foutre dans cette ville de cons ! Il est temps que je me barre. Pour aller où, je n’en sais rien, mais je ne supporte plus l’ambiance ici. Ca transpire l’égo surdimensionné, la suffisance et l’arrivisme. Les gens sont obnubilés par l’apparence. L’intérêt qu’on vous porte passe avant tout par l’analyse de votre compte en banque et j’en ai marre de me dire que pour arriver à quelque chose il faut lécher les bottes de connards qui vont se moquer de vous dès que vous aurez le dos tourné parce qu’ils vous auront bien entubé et s’en mettrons plein les poches.
Je lutte constamment pour garder le sourire, rester positif, mais la saleté, l’odeur insupportable de la ville et l’incapacité des gens à communiquer sont bien trop pesantes. Paris est déprimante. Tout le monde veut tellement y être une star que ça devient pathétique de le vouloir aussi. Je voudrais trouver un boulot qui rapporte beaucoup d’argent. Sortir la tête de l’eau. J’en ai marre de ne pas respirer. Ça y est, j’ai cessé définitivement de rêver. Pas génial comme constat. Surtout dans une ville que j’ai intégré pour les possibilités artistiques qu’on prétend qu’elle peut offrir…
Pourquoi je vais mal depuis que je suis ici ? Pourquoi je pense à des choses qui ne m’étaient même jamais passées par la tête avant ? Pourquoi je ne me trouve plus intéressant ? Pourquoi je m’éteins ? Pourquoi je ne suis pas productif ? Pourquoi je ne fais plus attention à moi ? Pourquoi n’ai-je plus envie qu’on s’intéresse à moi ? Pourquoi je ne m’étonne plus de rien ? Pourquoi j’ai plus envie de rien ? Pourquoi ma libido s’efface ? Pourquoi mon corps ne réagit pas ? Pourquoi ma sexualité se résume à la pornographie regardée vite fait avant d’aller essayer de m’endormir ? Et pourquoi jouir ne me fais plus grand-chose ? Pourquoi j’ai pas envie de répondre quand on se moque de moi ? Pourquoi j’ai l’impression d’ennuyer jusqu’à mes parents avec les propos négatifs que je tiens ? Pourquoi je ne vois pas de solution ? Pourquoi j’ai envie de pleurer tous les soirs quand je me couche seul après avoir à nouveau passé une journée seul ? Pourquoi j’envoie plus de sms parce que de toute manière on ne me répondra pas ? Pourquoi j’ai envie de me foutre en l’air ? Pourquoi je me trouve moche ?
J’ai envie d’avoir quelqu’un dans ma vie qui soit là au quotidien. J’ai envie de parler quand je rentre chez moi après le boulot. J’ai envie de partager ce que je suis. J’ai envie de faire l’amour et qu’on me fasse l’amour. Envie de prendre des bains avec la personne que j’aime. J’ai envie de sentir que je compte pour quelqu’un de particulier. J’ai envie de pleurer dans des bras qui me serrent. J’ai envie qu’on me surprenne positivement. Je suis en train de moisir ici, dans cette stupide métropole à cheval sur ses valeurs conservatrices et réactionnaires. J’étouffe !

Sunday, March 12, 2006

Pédé !

La première fois que ça m’a fait du mal j’avais neuf ans.
Je m’étais bien fait frapper une fois ou deux dans la cour de récréation parce que je sautais à la corde, que j’avais un parapluie avec des oursons imprimés ou que je gardais mes collants de laines sous mon short au cour de gymnastique, mais à l’époque je n’avais pas lié les choses entre elles. Je prenais cette violence pour de la jalousie. Sans doute parce que j’arrivais à aborder les filles, à faire partie de leur groupe, alors que les autres garçons ramassaient des claques quand ils jouaient à Bise ou Baffe avec elles, en les pourchassant comme des chiens fous entre deux parties de mini-foot. Moi, ça me paraissait normal d’aller à leur rencontre, parce que mon univers de petit garçon était rempli d’un grand nombre de choses qui remplissaient le leur. On avait des points communs et j’avais envie de les partager. Pour les garçons, tout n’était que football, autocollants Pannini à échanger ( Ah, cette marque ! ) et nouvelles baskets « à scratch » pour courir plus vite. Courir après quoi, d’abord ? J’avais neuf ans donc, quand j’ai compris que j’étais différent. Pas parce que je sentais la différence, mais plutôt parce qu’on m’a mis devant. D’un seul mot. Il s’appelait Lionel. Je pourrais même vous donner son nom de famille, mais ça ne servirait à rien, si ce n’est peut-être lui donner du crédit -ce que je ne souhaite pas. On est souvent étonné de la capacité qua notre mémoire d’effacer les passages douloureux de notre existence. Pourtant le visage de Lionel, ce soir là, dans le chalet suisse de la station de ski où je passais des vacances, n’a jamais quitté ma pensée. Il est fixé comme une cicatrice. Celle d’un coup de cutter dans la joue, qu’on vous vous aurait fait sans que vous ne voyez rien venir.
La journée sur les pistes avait été animée par les cris de joies et de frousse, on avait dîné dans le grand réfectoire aux vitres embuées par la condensation de la neige qui s’évaporait de nos vestes, puis on s’était retrouvé dans les chambres vers huit heures du soir pour nous préparer à une boum que les animateurs organisaient pour notre départ. J’avais d’ailleurs eu très peur de ne pas pouvoir y participer, parce qu’on avait demandé le silence pendant le repas et que j’avais éclaté de rire bruyamment en réponse aux pitreries d’un de mes professeurs. On m’avait sanctionné, et j’avais du m’expliquer en lui demandant de s’amender, sans quoi je restais seul dans le chalet pendant que les autres s’amuseraient toute la soirée. Aujourd’hui, avec le recul, je me rends compte de la stupidité de cette punition impossible. Aucun organisateur n’aurait jamais laissé un enfant de 9 ans seul dans un chalet en pleine montagne enneigée… Mais qu’importe, j’étais excusé et je sortais de la douche. J’avais enfilé ma tenue de fête, un pantalon droit et une chemise chiffonnés d’être restés toute la durée du séjour dans mon sac à dos. Le dortoir était en effervescence. Tous les garçons de mon étage passaient devant le miroir de la minuscule salle de bain pour vérifier à quoi ils ressemblaient.
Les cheveux encore humides de gel, je discutais avec Nicolas de la fille qui allait m’accompagner. Une fille d’un autre groupe scolaire que j’avais rencontré au réfectoire et que je trouvais très jolie. D’elle, je ne me souviens pas du prénom. Comme quoi les choses étaient peut-être probablement déjà inscrites en effet, mais allait-il être nécessaire de me les présenter avec la violence dont Lionel ferait preuve quelques instants plus tard ? Je discutais donc avec Nicolas, observant Lionel coiffer les mèches arrières de ses cheveux blonds, quand nous arrivâmes à hauteur du miroir. Il était en train d’expliquer à l’un de ses comparses l’importance de vérifier que l’arrière de la tête soit aussi présentable que l’avant. Une consigne que sa maman lui avait certainement donnée, sans savoir qu’il deviendrait un jour le jeune homme arrogant de cette jeunesse dorée insupportable qui exige une voiture neuve à dix-huit ans, dont l’aspect fait la personnalité, dont la prétention n’a d’égal que l’épaisseur du compte en banque des parents, et dont le geste qui sauve est de remettre constamment ces mèches blondes en place pour se donner un peu de consistance. Je lui demandai s’il pouvait me prêter son peigne, car je n’avais pas vérifié ma coiffure avec autant d’attention que lui. Il se tourna vers moi et son unique réponse fût « Pédé ! ». Un « pédé » lent, prononcé calmement. Il avait avancé son visage, comme quelqu’un qui souhaite qu’on comprenne bien ses propos. Surpris par tant de limpidité, je souris, puis demandai à nouveau s’il voulait bien me passer son peigne, c’était juste pour un moment. Je le lui rendrais tout de suite après. Mais alors que je formulais ma phrase, il me coupa. « Non ! Pédé.», ses yeux cette fois rivés dans les miens. Je ne riais plus. Je me prenais en pleine figure la haine féroce des homosexuels d’un garçon de neuf ans, sans comprendre. Coup d’œil à Nicolas aussi surpris que moi. « Attends, j’ai une brosse, je te la passe ». J’aurais du lui casser la gueule. Lui sauter dessus, le mordre, me rebeller. J’aurais du griffer son visage pour le marquer de sa bêtise. Le frapper de toutes mes forces. Donner des coups de pieds. J’aurais du engager une bagarre générale dans le dortoir. Après tout on m’avait déjà interdit l’accès à la soirée une première fois. Cette fois, il y aurait une raison valable. J’aurais du cracher, tirer ses cheveux comme n’importe quel autre garçon l’aurait fait à ma place. J’aurais du m’exprimer par les gestes même si je n’avais aucune force et qu’il m’aurait battu à plates coutures. J’aurais du, mais je me suis retourné et suis parti me brosser les cheveux dans la partie du dortoir où se trouvait mon lit, accompagné de Nicolas. J’ai oublié ce que Lionel m’avait dit et j’ai passé une très bonne soirée d’enfant avec cette fille que j’imaginais devenir un jour ma « vraie » petite amie. Nous sommes rentrés de Suisse l’un à côté de l’autre, le lendemain, alors que les places dans les bus du retour étaient désignées par les professeurs. Ça avait été notre défi et j’avais réussi à grimper dans son bus, juste avant qu’il ne démarre. Encore une fois, avec le recul je me rends compte de l’absurdité de mon acte, me demandant comment réagirait un enseignant responsable qui ne me trouverait pas à ma place dans le bus aujourd’hui.
Je n’ai jamais fait mention des propos de Lionel à mes parents car j’apparentais sa méchanceté à un manque d’éducation. Ce n’était qu’un garçon mal élevé qui m’avait sûrement dit des choses grossières pour se donner un genre devant ses amis. Et puis pédé était une insulte dont il ne connaissait certainement pas le sens réel. Du moins je le croyais.
Je ne sais pas ce qu’il est devenu. Ça ne m’intéresse pas. Mais par la force des choses, il tient une place dans ma vie -je devrais plutôt dire une tâche. Celle du premier à m’avoir fait prendre conscience de ce que j’allais être : un sale pédé. Aimé ou détesté, séduisant ou minable, brillant ou dégoûtant, mais un sale pédé. Que certains regarderaient avec les yeux de la pitié et d’autres avec ceux de l’amour. Dois-je l’en remercier ? Lui en être reconnaissant ? Je ne pense pas. C’est juste un état de fait. C’est lui comme ç’aurait pu être n’importe qui d’autre. Les gens occupent des espaces de notre existence sans le savoir.

Wednesday, March 08, 2006

Edmund White ( Suite )

Ce qui est certain c’est que je ne m’attendais pas à ce que le livre se termine par une description personnalisée de la célèbre émeute du Stonewall Bar en 1969 à New York.
« La tendresse sur la peau », deuxième tome de la trilogie autobiographique d’ Edmund White, bien que toujours placé sous le signe de la culpabilité, m’a davantage plu que le premier. Le personnage y découvre les vices liés à sa sexualité et les descriptions tour à tour lugubres ou poétiques des expériences par lesquelles il passe me l’ont rendu attachant car, d’une certaine manière, je retrouvais en lui des facettes de ma personnalité. ( Non, je ne suis pas en train de dire que j’assouvissais mes pulsions sexuelles dans les toilettes des universités, ni que je fréquente les parcs de nuit… )
L’écriture reste dispersée, l’auteur passant volontiers d’un état d’âme à un fait concret, mais le rythme est mieux soutenu et les réflexions existentielles sont moins lourdes. Les personnages qui composent l’environnement proche du héro sont plus colorés et moins remplis de charge politico-religieuse, ce qui, en limitant les références culturelles, facilite grandement la lecture.
Par des phrases simples, White traduit aussi très justement des émotions que beaucoup d’entre nous ont déjà certainement ressenties.
« J’avais appris à être nostalgique de ma propre jeunesse alors même que je la vivais. »
« Si dans mon enfance j’avais su que toute ma vie allait être aussi douloureuse, je n’aurais jamais accepté de continuer à vivre. »

Le rapport de l’auteur à son propre corps m’interpelle également, car le complexe physique reste un des problèmes majeurs de ma construction identitaire et il influe directement sur la confiance que je peux avoir en moi. Dans les dernières pages de son roman, White exprime la relativité de l’apparence « (…) j’avais fait de mon corps quelque chose de beau, c’était en tout cas ce qu’on me disait (…) Il ne me restait qu’à parcourir le monde (…) m’en remettant à quiconque voudrait bien de moi. »

Allez, je (re)plonge dans « La symphonie des adieux »…

Monday, March 06, 2006

Metro-Boulot... Dodo ?

Première semaine de travail à la caisse du théâtre Le Temple terminée.
Tout se passe bien. Je gère de mieux en mieux le programme Rodrigue sur lequel s’effectuent le comptage et l’impression des billets émis pour les représentations. Au début je faisais quelques boulettes par soirée. ( Vente de billets pour la mauvaise date par erreur de frappe, émission d’invitations à la place de places payantes… ) Mais tout rentre dans l’ordre, et je fais mon boulot avec le sourire, même si le spectateur parisien est fort agressif quand il vient au théâtre. Vient-il s’y détendre ?
Actuellement, les têtes d’affiches qui se produisent dans nos salles sont Booder, Mustapha, Tomer Sisley, Alexandre Pesle, Leny Escudero, Jackie Berroyer et Patrick Adler… Le contact avec est sympa, bien qu’ils ne passent pas tous par la billetterie avant d’entrer en scène.
Le rythme des soirées est assez impressionnant. On enchaîne jusqu’à sept spectacles par soir, dans deux salles. De 18h45 à 23h30, les représentations démarrent, et les spectateurs défilent dans notre petit hall de 25m² avec leurs contremarques valables pour deux personnes. Les formules de réductions sur le prix des places sont nombreuses via les sites internet et le Kiosque-Spectacles.
Les personnalités défilent, parfois sous des lunettes foncées, parfois exubérantes pour être remarquées. J’ai eu l’occasion de saluer Yves Lecoq, Gad El Maleh, Elie Semoun, Jean-Pierre Mocki, et même Véronique de Véronique & Davina * !
Et moi je clique et clique encore, pour faire sortir les billets de ma machine, en compagnie des assistants de production qui me demandent les comptes rendus de leurs recettes, et s’en extasient ou dépriment… ( Parce qu’il y a malheureusement des différences significatives entre les artistes ! )
A part cela, je me suis rendu au cimetière du Père Lachaise que je n’avais encore jamais visité. Perrine et Othmane étaient en vacances sur Paris et on s’est fait une chouette promenade entre les monuments dédiés aux morts célèbres qui y sont enterrés.
Deux jours après, nous avons brunché dans le nouvel appartement de Noémie Dujardin, près des Buttes Chaumont. Un peu de soleil dans la grisaille parisienne ! Bonheur de retrouver notre absurdité nationale autour d’une table bien fournie. Rigolades et déballage de ragots à tout va. Nouvelles du pays et des carrières respectives.

Je termine. Je suis tombé sur la page de London Theater Online, et on y annonce « Wicked » pour septembre 2007 ! Désolé, j’ai des priorités que ma raison ne connaît pas !


* Mais en matière de rencontre de star, rien ne vaut mon petit moment avec Chantal Goya, au Palais des Congrès de Paris lorsqu’Edwige m’a invité à la représentation de son spectacle ! Mon vieux platine de « Guingnol » est enfin dédicacé !

Saturday, March 04, 2006

Colocation, je t'aime...

Je ne sais pas si ce qui me dérange le plus dans la colocation soit que certains matins je doive attendre avant de passer à la salle de bain et que mon dentifrice se vide par le milieu alors que moi je pousse toujours sur l’extrémité du tube, ou bien le fait que depuis que j’ai emménagé dans cet appartement, il ne se soit pas passé un mois sans que mon colocataire masculin n’invite des amis à dormir dans le salon…
Le dimanche matin, il est déjà suffisamment difficile de se dire qu’on risque de croiser un de ses colocataires alors qu’on sort de notre chambre en pyjama, avec une tête que seul notre miroir est capable de supporter… Mais quand en plus, on se rend compte que la porte du salon est fermée et qu’il faut faire silence dans la cuisine où il fait – 6 C°, et qu’on se dit que la personne qui se douche longuement -parce qu’elle ne sait pas que le réservoir d’eau chaude ne permet pas plus de trois douches- est probablement l’invité qui nous fera face torse nu dix minutes plus tard quand on sortira des toilettes, il y a de quoi se demander si la centaine d’euros supplémentaire qui permettrait de vivre seul n’est pas « worth it » !

D’autant que si les choses s’arrêtaient là, on pourrait encore s’imaginer ne plus passer dans le salon du tout. ( Où de toute façon on ne met déjà plus les pieds parce qu’il est moche, qu’il y fait froid et que la déco est monstrueuse… ) Seulement, en colocation, il y a d’autres petites joies qu’on ne soupçonnait pas. Des exemples ?

- On vous a toujours bien appris que lorsque le linge que vous avez fait tourner dans la machine est propre, il ne faut surtout pas ouvrir le hublot si ce n’est pour sortir les vêtements et les étendre, sans quoi à force de stagner humides dans le tambour, ils commenceront à moisir et auront une odeur des plus déplaisante lors du repassage ? Hé bien, en colocation, c’est systématique : En rentrant d’une journée de travail, si vous aviez lancé un programma avant de partir vous trouvez toujours le hublot ouvert parce que l’un des colocataires aura probablement voulu nettoyer ses affaires mais se sera aperçu que c’est impossible et sera reparti bredouille sans refermer… ( Ni couper le courant, d’ailleurs… )

- Je vous passe les explications sur les joies de la colocation avec des fumeurs lorsqu’on ne l’est pas soi-même.

- Votre sens du nettoyage est affûté depuis l’enfance par une mère aux origines germaniques ? La propreté d’un cabinet de WC et la fraîcheur d’une salle de bain sont pour vous en rapport direct avec le dosage d’eau de javel et de récurent antibactérien utilisé pour les entretenir ? Alors la colocation n’est pas pour vous… Il est en effet surprenant de voir que la notion de propreté varie à ce point d’un être humain à un autre. Et quand vous passerez 45 minutes penché au dessus de la baignoire et des éviers, ou quand vos gants verts plongeront allégrement au fond du pot, souvenez-vous qu’il y va de votre survie, car la semaine suivante, un simple passage à l’eau, sur ce sol que vous vous évertuez à maintenir sain, semblera suffisant à votre coloueur qui laissera juste la fenêtre ouverte pour aérer…

- Une envie de Nuttela en plein milieu de la nuit ? Vous ne résistez plus. Vous êtes en manque affectif. Paris a détruit votre libido et vous vous dites que seules deux ou trois cuillers à café ( A soupe ? ) de cette monstrueuse préparation à tartiner pourront vous réconcilier avec la vie et calmer vos pulsion… Vous vous levez et vous dirigez vers la cuisine ( Après avoir enfilé un pantalon, des chaussettes, des pantoufles, et avoir remis vos cheveux… Vous n’êtes pas complètement chez vous, après tout ! ) et là, stupeur : Vous découvrez que le pot de Nuttela que vous rangez sur votre étage de l’étagère ( Celui qui est toujours fourni car vous faites des réserves de nourritures par prévoyance. ) a été ouvert et qu’on s’est -bien- servi dedans. Et à la cuiller à soupe, naturellement. A défaut d’avoir vos vertus, vos colocataires ont au moins vos vices. Point commun… ou poing dans la gueule ?

- Dois-je vous parler de l’anecdote du colocataire enfermé dans l’appartement et ne pouvant en sortir parce que la clé ne permets pas d’ouvrir de l’intérieur et que le dernier sorti n’avait pas pris le temps de vérifier s’il était seul ?

Et après on s’étonnera que le dimanche matin à 07h05, je fasse tourner mon vieux 33 tours de « Mireille Mathieu chante Francis Laï » à plein volume !

Grizzlyment vôtre !

Tuesday, February 28, 2006

Doucement...

Voilà un petit temps déjà que je n’avais rien écrit sur ma page blog…
Toutes mes excuses. Les dernières semaines ont été fort remplies.
Mais je ne m’en plaindrai pas car le moral remonte. Doucement, certes, mais il remonte.

Pas mal de choses à raconter donc, en ce 28 février.
Et tout d’abord, l’arrêt de ma formation au sein de l’école Richard Cross.
Rien n’aura été moins facile à décider, même si depuis un petit temps je me rendais compte que le rythme de la classe n’était plus celui qui me convenait. Il faut dire que mon retour en Belgique pour Fever m’a fait retrouver le plaisir d’être sur un plateau et d’y exercer mon métier, et que les nouvelles sensations amenées par le concert au Botanique m’ont donné envie de me concentrer à nouveau sur l’écriture de projets. Alors, même si la reprise des cours à Paris s’est bien déroulée, j’ai aujourd’hui envie d’avancer plus vite. Et comme les motivations artistiques de mes camarades de classe ne sont pas forcément les mêmes que les miennes – ce qui est tout à fait normal, du reste –, j’ai compris que ce dont j’avais besoin et envie, c’était de cours particuliers axés sur mes problèmes vocaux spécifiques. J’en ai touché mot à Richard qui a très bien compris, et l’idée sera donc de travailler en sessions privées avec les membres de son équipe pédagogique, à raison de deux ou trois fois par mois.
Je serai donc libre en journée pour travailler et payer mon loyer à partir du premier mars prochain… Je viens d’ailleurs de décrocher un poste d’agent de caisse dans un théâtre de la capitale. ( J’adore cette formulation pompeuse pour dire caissier sans froisser l’ego de l’employé ! ) Une bonne nouvelle, puisqu’en plus de proposer un emploi quotidien, déclaré et en règle, ma fonction me permet de travailler à partir de 18 heures et de conserver suffisamment de disponibilité pour les autres possibilités de boulot en journée.

Je retourne à Londres dans un mois avec Stéphanie et Nicolas. Petite escapade d’une nuit sur place, le temps de retourner voir « Mary Poppins », « Billy Elliot » et de découvrir « The Woman in White » pour décompresser…
Avant cela, il y aura la soirée des anciens du lycée Mater Dei, le 19 mars. J’appréhende un peu de revoir les têtes des gens qui étaient dans mon année scolaire, car j’imagine que les parcours des uns et des autres auront de quoi étonner ! Entre les mariages -et peut-être déjà les ruptures -, les enfants, les plans de carrières et les changements de directions, il va y avoir beaucoup de choses à raconter. En espérant que les gens présents seront ceux avec qui j’avais des affinités à l’époque, parce que retrouver le premier de classe de la section « Sciences Fortes » risque de n’avoir rien de passionnant, à part pour créer de nouveaux personnages théâtraux…

Il faut que je déménage !
L’appartement me déplait de plus en plus, je ne m’y suis jamais senti chez moi, et puis je commence à en avoir plus que marre de me geler le matin, à cause du système de chauffage dysfonctionnant et de la réserve d’eau chaude épuisée après une douche et demi... Surtout qu’on est trois à devoir en prendre une ! ( Maudits radiateurs électriques qui surconsomment l’énergie ! ) J’aimerais pouvoir être parti en juillet, et mon pote Benoît m’a dit qu’il serait d’accord de co-louer avec moi. Ne reste qu’à trouver un endroit sain, contenant deux pièces isolées, à un tarif locatif raisonnable. Les hauts plafonds à la peinture craquelée, les couches de nicotine sur le vilain papier peint, les traces de moisissures dans les murs de la salle de bain, la fenêtre des toilettes qui ne ferme pas, la cuisine digne des arrières salles de restos chinois pas en règles, et l’esp ace de deux centimètres entre les fenêtres du salon et leurs chambranle ne seront, bientôt j’espère, plus que de mauvais souvenirs.


En attendant, pour oublier, je lis !
Je me suis plongé tout récemment dans l’œuvre d’Edmund White. Lors d’un passage au rayon librairie du Virgin Megastore, je suis tombé sur quelques exemplaires de ses écrits et comme « Les états du désir » m’avait bien plu, je me suis dit que ce serait sympa de découvrir le reste. Je suis donc rentré avec « La tendresse sur la peau », « La symphonie des adieux » et « Ecorché vif », sans avoir manqué de commander « Un jeune américain » qui m’est arrivé une semaine plus tard. J’avais d’ailleurs déjà lu une centaine de pages de « La symphonie… » avant de découvrir que c’était le troisième volet de la trilogie au dos de ma commande ! Edmund White a une écriture simple, un peu digressante comme si on était avec lui dans son esprit, mais le propos me parle suffisamment pour que je suive cette autobiographie avec un réel intérêt, même si je me demande parfois par quel chemin l’auteur emmène ses lecteurs.
Cette façon de parler des corps des garçons ou de leurs attouchements et de s’en empêcher ensuite sur une quinzaine de pages, comme s’il était coupable de péché, traduit fort bien la honte de la découverte de la sexualité différente de l’adolescent qu’il a été. Passages crus font suite aux moments de questionnement identitaire. Mais visiblement, l’homosexualité restera difficile à assumer pour le personnage tout au long des trois volumes. Je viens à peine d’entamer « La tendresse sur la peau » et il y est déjà question de solitude… On verra bien.

Il y a deux semaines, je suis allé applaudir Fabrice Lucchini dans « L’arrivée à New York » de Louis-Ferdinand Céline, à la Comédie Montparnasse, et jeudi dernier, Judith Magre dans « Histoires d’hommes » de Xavier Durringer à la Pépinière Opéra.
Deux spectacles riches d’intensité dramatique. Deux comédiens incroyables.
Le débit de Lucchini avait cependant quelque chose d’agaçant à certains moments, parce qu’il appuyait quelques passages du texte en haussant le volume vocal, alors que ça ne semblait pas vraiment nécessaire.
Judith Magre est belle ! C’est terrifiant. Cette femme a une présence magique. Une aura. Pour moi, Judith Magre, c’était cette vieille comédienne si drôle dans « Le déclin de l'empire américain » et surtout, cette voix suave, ce nez proéminent et cette chevelure volumineuse. Je m’attendais à un théâtre un peu affaissé, et j’ai tout simplement été subjugué par la jeunesse, la souplesse et la beauté de cette grande femme. Le texte de Durringer, écrit pour elle dans un langage hyper contemporain, est rendu de manière intelligente et réaliste, et il y a fort à parier que les représentations se prolongent… Vive la femme boa !

J’ai changé la coupe de mes cheveux !
Je m’étais dit pour la cent vingt-deuxième fois que je laisserais bien pousser pour « voir ». Et pour la cent vingt-deuxième fois j’ai vu ! C’est la catastrophe : Je ressemble plus à un Ewok qu’aux modèles de Karl Lagerfeld. Aussi ai-je demandé à Marie de me couper les cheveux à l’aide de la tondeuse que je me suis achetée il y a quatre ans. Résultat tout à fait probant : Marie est un as ! J’ai un petit look très porn-star, mais ça, ça doit être parce que je lui avais montré une image de Kevin Williams, dont j’apprécie particulièrement la coiffure depuis son come-back. Faudra qu’elle revienne faire les retouches de temps en temps.

Paris est froide pour le moment. Le vent glacé frappe les visages, les crèmes pour les mains s’appliquent à cadence soutenue ( Surtout sur les miennes ! ) et les cœurs sont réfrigérés. On a l’impression que tout fonctionne sans le son. Et vu qu’il n’y en a déjà pas des masses en période normale, ça fait vraiment tout drôle. J’essaie de faire un maximum de mes trajets à pied ; ça rafraîchit les idées. Je marche, le baladeur sur dans les oreilles, et je regarde les rues dans lesquelles je passe, au rythme de mes comédies musicales favorites. Je rêve un peu ces derniers temps. Je suis ailleurs. 2006 s’ouvre doucement…

Sunday, January 15, 2006

"Rien que pour vous"

On ne peut pas dire que j'étais dans mon meilleur état hier soir vers 20h15, juste avant d'apparaitre sur la scène de la salle de la Rotonde, au Botanique de Bruxelles.
L'enjeu était de taille : Présenter mon premier tour de chant en public dans le cadre du 20ème festival du film gay et lesbien !
Mon pianiste a entamé les notes d'introduction de "Broadway Baby" à 20h34, et je suis arrivé sur le plateau empli d'une confiance toute relative. Nouvelle expérience, nouveaux critères de séduction, certes... Mais surtout nouvelle trouille.
J'ai attrapé mon micro et me suis d'abord contenté de regarder droit devant moi, puis doucement j'ai balayé le parterre des yeux. Première erreur de texte dans ma première chanson, et hop, je me raccroche à mon intention dramatique question d'assurer ! La concentration va être de mise ce soir, Antoine. Ne RIEN relâcher !
Les notes ne sont pas encore bien assurées, mais les gens m'écoutent. Et lentement je me calme... Je respire. J'aperçois Jennifer Collins côté Cour... Elle est avec Yannick ! Mon Dieu, l'article du magazine ZONE 02 a donc ramené du monde. Mathieu et Puce sont au premier rang... Oh là là...
Montée vocale. "Broadway Baby" se termine. Lumière et... ouf ! Applaudissements.
Je présente en quelques mots la trame de la soirée. ( Marc est debout ! Il fait des photos. ) Les gens sont réactifs. Je me sens déjà mieux.
Je vais enchainer treize chansons en une heure quinze, sans m'en rendre compte. Je reste moi au maximum. Je ne veux rien démontrer. Ce soir, c'est un test. Une occasion de me montrer moi. L'autre gars... Pas celui qui amuse toujours tant.
Alors bien entendu, au fil des chansons ( qui ne sont pas vraiment axées sur le rire ) les réactions ne sont pas les mêmes que d'habitude. Pourtant redécouvrir la complicité avec ces gens qui me regardent en se demandant où je vais encore bien pouvoir les entrainer me fait m'envoler à dix centimètres au-dessus du sol.
Lionel est concentré sur les accompagnements piano, je le vois hyper sérieux. Presque drôle ! La tenue des rythmes est beaucoup plus assurée qu'il y a encore trois jours. Aucun problème non plus pour les enchainements musicaux sur les applaudissements, qu'il redoutait pourtant, tout pianiste de formation classique qu'il est ! Sa concentration aide la mienne... Et lorsqu'il entame son solo après "Madame" de Barbara, je le regarde paisiblement. Tout foncyionne, et les gens sont avec nous...
"Mais où est-ce qu'on les enterre ?" détend un peu l'atmosphère après trois chansons noires, et je sens qu'ils aimeraient continuer à me voir faire des grimaces, mais je repars sur d'autres textes plus lourds.
Seul petit bémol à ma sélection : "Je ne suis qu'une chanson" de Ginette Reno ! Je ne suis pas assez musical, je le sens depuis la veille, et j'ai même voulu la supprimer... Pourtant Stéphanie a préféré parier dessus. Pas grave.
Je rattrape la petite perte d'énergie avec "Mon histoire" des Misérables et "La place au sous-sol" de Lynda Lemay.
C'est presque la fin, déjà.
Je remercie mon équipe. ( Antoine Quinet et Alexis Goslain à la régie, Stéphanie, l'équipe du festival... )et je chante "La scène".
Je sors de scène. Je suis TRES heureux.
A mon retour, Lionel a retrouvré le sourire, et lorsque nous saluons, une pluie de roses nous arrive en pleins visages. Chaque spectateur en avait reçu une de Mathieu avec la recommandation de nous les jeter si le spectacle avait plu !
Un rappel simple mais efficace avec "Electricity" d'Elton John, et pour faire plaisir aux gens qui applaudissent, j'entame "39 de fièvre", la chanson que j'ai mîmée durant les représentations de FEVER.
Ce premier tour de chant est une réussite.
Je suis ravi.

Sunday, January 01, 2006

On ne s'embrasse plus...

Etrange. Et c'est tombé tout simplement. Sans manière.
Un baiser maladroit, un mot calme. J'ai compris. Un calembour vite lancé, question de garder la face. Pas besoin de revenir dessus. Tout est dit. On ne s'embrasse plus.
On ne s'embrassera plus.
Fin d'une illusion ? Fin d'un sentiment partagé par moi seul ? Je ne sais même pas si j'ai envie de le savoir. La réponse me serait douloureuse quelle qu'elle puisse être. On ne s'embrasse plus.
Et c'est comme si le grand frère que je n'ai pas eu et que -rien que pour moi- je transposais dans cette relation, n'existait soudain plus. Non, pas soudain.
En fait, c'est comme si je m'en rendais compte, simplement. Comme si je me réveillais, alors que je n'en avais pas l'envie.
Je crois qu'un de mes problèmes fondamentaux est de ne pas suffisemment montrer aux gens qui m'importent que je tiens à eux. Du coup, il m'est impossible de les retenir au moment où ils m'échappent, parce que les mots que je pourrais dire à cet instant passeraient pour "dernier recour" alors qu'ils n'auraient le poids que d'une déclaration de début de relation...

Tuesday, December 27, 2005

Myalgie

Six heures moins le quart du matin.
Assis dans le bureau de Patrick, j'ai envie d'ouvrir grand la fenêtre parce que l'air est renfermé ; mon nez est bouché et mes yeux qui brûlent sont gonflés. ( Je ne sais trop si c'est à cause d'un coup de froid que j'aurais pris ou à cause du vieux chien qui réside ici depuis quelques jours et auquel je suis certain d'être allegique... ) C'est la troisième fois que je me lève de la nuit. Patrick dort à côté, et mes allées et venues doivent commencer à le déranger, j'imagine. Pourtant, impossible de dormir. Ces derniers jours, mon sommeil est de très mauvaise qualité. Je suis angoissé. Je me retourne dans le lit, sentant comme une énergie liquide me couler dans les veines pour m'exciter et ça m'empêche de fermer l'oeil. Comme si mon corps me refusait de trouver le repos. Mes nuits sont atroces, interminables, et je ne récupère pas. Je suis pris d'une terrible envie de boire, mais je ne descends pas parce que le chien se trouve dans le hall et que je n'ai pas envie de le croiser. Du coup, je reste à l'étage, lisant les livres de la bibliothèque de Patrick ou restant éveillé à regarder l'horloge fixement, tout en pensant à la fatigue qui va pourrir ma journée.
Je me sens mal. De plus en plus souvent. Mal en moi. Le stress me ronge et c'est comme si je ne pouvais plus faire face à ma situation. Ma solitude me pèse. Parce que j'ai trop le temps d'y penser. Et malgré la richesse des évênements récents qui animent ma vie professionnelle, je me sens inutile car je n'ai personne avec qui partager mes espoirs et mes peurs au quotidien, à part mes parents. Je suis fatigué. Physiquement. J'aimerais presque que mon corps puisse craquer, exploser, se désintégrer pour évacuer cette tension et pouvoir retrouver la plénitude de l'après...
Depuis un an, pas un matin où je me lève en me sentant en forme. Et d'être malade pour l'instant n'arrange rien. J'ai constamment l'impression que l'air n'est pas sain autour de moi. Je veux respirer. Je me sens vicié, mes articulations me font mal, ma peau me semble grasse et moîte. J'ai envie de vomir. Comme pour me "nettoyer" intérieurement.

Tout ça parce que je me sens en insécurité. Parce que je n'ai pas les moyens nécessaires à mon aisance vitale et que jour après jour, ça me dissèque.
"Je" m'énèrve. Tellement...

Monday, December 26, 2005

Désagréable ?

Il y a des fois où le jour de Noël prend une tournure bien différente de celle du carcan familial habituel ! Non que le réveillon se soit mal passé ( Que du contraire ) mais le jour qui a suivi, a eu pour moi, cette anneé, des reflets d'absurdie que je n'aurais pas soupçonnés...
Assis dans le wagon vide du Thalys 9927 qui me ramenait à grande vitesse vers Bruxelles où je devais jouer le soir-même, j'ai regardé défiler le paysage avec ce sentiment étrange de n'avoir pas vécu assez intensément les instants que je venais de passer avec ma famille quelques heures auparavant en déballant tous les cadeaux qui se trouvaient près de la cheminée. Le chat était devenu fou d'une souris en mousse qu'on lui avait acheté, j'avais reçu un nouvel ordinateur, ma soeur et mes parents étaient ravis de ce que je leur avais offert, mais tout cela avait été tellement vite que je me demandais si ça n'avait pas été qu'un rêve. Et ça me minait.

La représentation du soir aurait pu être bien meilleure. Mais on n'a pas relevé.
Moi je ne voulais pas rentrer dormir... Seul, du moins.
Alors je me suis décidé à sortir. Seul pourtant, parce que tout le monde avait à faire. Marla et Bruno animaient une soirée au Cabaret ( Boîte que je n'affectionne pas du tout ), Maman rentrait avec son chéri, et Michael était déjà parti avec un garçon qu'il comptait mettre dans son lit...
J'ai donc envoyé quelques sms, à tout hasard, pour voir si quelqu'un souhaitais m'accompagner. -Mon Dieu que je me sens triste quand je fais cela ! Le pauvre gars qui vérifie s'il a des amis-
Pas de réponse positive, sauf de Jéremy. Amusant. Il me proposait de le rejoindre à une soirée où il se trouvait déjà. Pourquoi pas ? Je n'avais simplement pas envie de rentrer et le revoir me plaisait, alors j'ai accepté.

J'ai débarqué vers 23h30 dans l'appartement de Denis, précédé de Jeremy.
Sept autres personnes étaient présentes, et visiblement, un grand nombre d'entre elles, si pas toutes, était déjà émèchées. Un grand gars blond, aux yeux partis dans l'alcool -dont j'apprendrais plus tard qu'il était sous médicaments- vint me voir en essayant de m'embrasser, mais je ne me laissai pas faire, puis nous partîmes chercher de quoi manger parce que j'avais faim... Revenus quelques minutes plus tard, nous nous installâmes, Jeremy et moi, dans la cuisine, où tout en avalant mes frites et en discutant, je vis passer un à un les invités du maître de maison jusqu'à ce que Denis ne vienne me proposer à boire. Jeremy ayant déjà pris soin de me servir, je refusai aimablement avant de me rendre compte, à la tête que faisait Denis, que lui aussi était déjà loin dans l'alcool.
Déroutant.
Je tint conversation comme je le pûs, passant d'un sujet à l'autre, suivant les allers et retours incompréhensibles de la syntaxe de mon interlocuteur, puis lorsqu'il cassa deux verres dans son évier par mollesse musculaire due à la boisson, je compris qu'il valait mieux me concentrer sur Jeremy et je tournai la tête.
- Et tu es toujours désagréable comme ça quand tu es invité chez les gens ?
Je n'en crûs pas mes oreilles.
- Je ne suis pas désagréable, je te posais simplement des questions auxquelles tu ne pouvais pas répondre parce que ton état d'ébriété ne te le permettait pas... Si je t'ai été désagréable, je te prie de m'excuser.
- Non, parce que je te trouve pas super agréable, alors je me demandais.
- Ben, je n'ai pas l'habitude des gens saouls, je ne bois jamais.
- Jamais ?
- Non, je préfère rester sobre.
- Sobre ? Sain... Mais qu'est-ce que ça veut encore dire ? Tu aimes te moquer parce qu'on n'a plus tous nos moyens...
Bang ! Un bruit, puis le grand blond débarque dans la cuisine, le visage rouge de s'être violement cogné contre un chambranle de porte. Tout le monde rit, mais lui s'effondre dans le canapé. Un coma éthylique peut-être ? Après tout, c'est Noël ! On demande de l'aide, et on le porte dans la chambre où on l'allonge tant bien que mal... Denis le déchausse, et m'envoie ses chaussures au visage. Cette fois, il est allé trop loin. On va partir. Je demande à Jéremy de bouger, et il comprend. Un quart d'heure pour dire au revoir. Essais d'embrassade manqués de la part de Nicolas sur ma personne. Les autres ne m'adressent pas même la parole sauf une jeune fille pour me saluer. On descend les cinq étages. Nous voilà dehors. On va dormir chez un ami de Jeremy qui n'est pas chez lui. Vive l'aventure !

Je ne sais pas si je suis vieux avant l'âge, mais je dois bien admettre que l'état des jeunes gens que j'ai vus, tenant compte de leur moyenne d'âge ( 16 à 20 ans ), m'a passablement effrayé. Car bien que j'aie été dans cette tranche d'âge là moi aussi, je n'ai pas souvenir d'un comportement si désinvolte et autant bercé par l'oubli des valeurs de base. Il y a quelque chose de fondamentalement déréglé dans notre société. Quelque chose qu'on ne peut plus maîtriser, et c'est détestable.
( Quel discours, on dirait un fondamentaliste ! )

Je suis désagréable.

Sunday, December 18, 2005

Electricity...

It's a bit like being angry
It's a bit like being scaredConfused and all mixed up
And mad as well
It's like when you've been crying
And you're empty and you're full
I don't know what it is
It's hard to tell

And then suddenly I'm flying
Flying like a bird
Like electricity
Electricty

( "Billy Elliot - The Musical" )

Saturday, December 17, 2005

Ils reviennent !

Je n'en ai pas cru mes yeux hier soir, en rentrant de la représentation de FEVER.
En zappant rapidement pour trouver un programme plus ou moins intéressant, je suis tombé sur la BBC ( 1 ou 2, on s'en fiche ! ) et ils étaient là tous les quatre... Sans Robbie, évidemment.
Les TAKE THAT sont de retour ! Tournée prévue en 2006.
Hourraaaaa.

Qui a dit "Il est pathétique" ?

Thursday, December 15, 2005

FEVER !

Jeudi 8 décembre 2005 - 18h30 :

" - Allô, Antoine ? Salut c'est Nathalie. Dis-moi, est-ce que tu serais libre pour jouer dans un spectacle durant cinq semaines ? C'est assez urgent. Rappelle-moi, merci."
J'avais entendu le téléphone sonner, mais n'avais pas eu le temps de décrocher parce que j'étais dans la cuisine en train de préparer des pâtes, alors j'ai rappelé au plus vite. Messagerie vocale.
" - Nathalie, tu sais, ce n'est pas drôle de faire croire aux jeunes comédiens que tu vas relancer leur carrière, comme ça ! Je reste près de mon téléphone, cette fois. J'attends ton appel."

Je vais continuer en mode narratif, pour ne pas faire une page blog entièrement dialoguée !

Quand Nathalie Uffner m'a rappelé ce soir-là, son ton était assez énervé et elle semblait pressée. Comme poussée par l'urgence dont elle m'avait fait part quelques minutes auparavant. Et pour cause ! Après nous être brièvement salués, elle entra dans le vif du sujet. L'un des comédiens de "Fever" ( La pièce de Sébastien Ministru qui se tiendrait pendant les fêtes. ) venait de déclarer forfait et avait quitté le projet. Etais-je disponible dès le lendemain pour commencer à travailler au plus vite ? Car la première représentation se tiendrait le... mardi 13 ! ( Oui, oui ! Quatre jours plus tard. )
Coup d'oeil rapide sur mon calendrier. Rien de fondamentalement important dans les semaines qui suivaient, si ce n'est mes deux soirs de boulot par semaine que je n'aurais qu'à faire sauter.
Défi lancé ! J'allais remplacer le rôle au pied levé en quatre jours ! Claude Volter avait étudié tout Hamlet en une nuit ? J'en ferais autant pour Fever !

Le temps de faire un envoi internautique du texte, de l'imprimer et je me suis retrouvé à étudier mes vingt-cinq pages de répliques... tout en ouvrant mes deux valises que je remplissais en déclamant. Je n'aurais qu'à sauter dans le premier Thalys disponible du lendemain, et le tour serait joué !

Je suis arrivé à Bruxelles vers 09h50, Nathalie est venue me chercher à la gare et nous avons filé vers le théâtre. Sur les planches à 10h20 pour une première mise en place sans le reste de la troupe. Et un maximum d'indications sur le profil du personnage.

Michael, Maman, ses filles et les danseurs sont arrivés vers 12h00. Tout le monde était en effervescence car certains ne savaient pas encore que le comédien en question avait définitivement quitté la distribution, ni qu'on avait déjà trouvé quelqu'un pour le remplacer et encore moins que c'était moi !
Bonjours affectifs et retrouvailles rapides. Présentation des différents intervenants. Et nous montons tous sur le plateau, car on a du pain sur la planche. Le régisseur lance la musique du final et Bruno démarre la chorégraphie que je dois apprendre, puis c'est au tour de Maman de m'apprendre quelles sont les places que j'occupe dans celle de "Fever"... On s'active, on répète, et on termine la soirée au bar "Chez Maman", avant l'ouverture, à faire des italiennes endiablées pour que le texte soit bien dans ma tête et que les intentions se posent correctement. On fouille dans la réserve de costumes du bar pour me dégotter un petit tailleur bleu et noir, question de ressembler à quelque chose demain.
Je tombe de sommeil chez Vincent qui m'héberge.

Le lendemain à dix heures, rebelotte, passage chez le coiffeur, et répétiton toute la journée. Je répète sans chaussures à talons et cela me donne un côté assez inattendu dans ce monde de travestis haut chaussés. Mon costume ne convient pas à Nathalie, et on décide d'aller en chercher un lundi matin.
Cette fois, l'italienne se fait dans la cave du Vogue bar, pendant que Marla se prépare pour la soirée "Madonna" qu'elle doit animer. Nous grelotons autour du minuscule radiateur électrique, mais l'ambiance est bonne... Tout le monde est soulagé de mon arrivée et de la rapidité de mon apprentissage !

Le filage de dimanche aide encore et toujours mon personnage de Tina à se construire. Je commence à trouver mes marques malgré le stress de l'urgence. Et doucement, je m'amuse...

Lundi, c'est la course au costume !
De H&M à Jennifer en passant par Bershka ou Pimkie, Nathalie et moi cherchons sans relâche une tenue qui mette mon personnage en valeur, car apparement mon personnage
ne brille pas assez dans l'univers emplummé de Feverland. Décision est prise pour une jupe noire et un joli top rose à volants... que je n'utiliserai finalement pas, parce qu'ils sont moche dans la lumière des projecteurs ! Sandy m'entraine alors dans les boutiques du Matonge ( Le quartier africain de Bruxelles ) et me déniche un super tailleur imitation Chanel. Confirmation de Nathalie ! Reste à me trouver une perruque assortie. Propositions de Marla, Choupette et Bruno. Je termine avec un chignon démesuré, limite pièce-montée, sur la tête. Nathalie adore, moi je suis effrayé. Mais je fonce dans la direction qu'elle me propose ; confiance totale !
La dernière chose qui me manque : des souliers à talons.
J'ai pourtant remonté et redescendu toute la chaussée d'Ixelles pour trouver chic et pas cher, mais rien n'y fait. Aucune paire de chaussures à talons en 43 ! C'est la cata... L'heure de la répétition générale approche ! Maman me conseille de passer chez Minuit, le magasin où elle se fournit elle-même. Je fonce, billets d'euros en main ( Dans l'urgence, la prod a les mains légères ! ) et ressors avec lesdits escarpins de 11 cm de talons aiguilles ! Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah.

La représentation se déroule pas mal. Mon personnage plait aux quelques spectateurs présents !
Dernières recommandations de Nathalie. J'ai rendez-vous demain chez l'esthéticienne pour me faire épiler les sourcils et les bras, puis au théâtre pour répéter ma chorégraphie de Jessica Rabbit.

Mardi 13 décembre 2005 :

Mon visage n'est plus le même. J'ai les sourcils épilés, et cela fait tout drôle. Je me sens très vilain, mais les autres ne ressentent pas la même chose. On a toujours des problèmes avec soi-même. Diantre, pourquoi ?
Je répète Jessica Rabbit sans relâche depuis une heure lorsque Choupette arrive avec les morceau de mousse-kapok dans lesquels il va me découper des hanches pour ce soir. Quelques conseils sur ma prestation dans "Il venait d'avoir 18 ans" de Dalida... J'ai l'impression que ma tête va exploser. Trop d'informations en si peu de temps. Je commence à pisser de travers, comme on dit élégament.
Je voudrais un quart d'heure à moi, pour respirer, me retrouver, mais il n'en est plus question. Il est 18h00, et je vais devoir me faire maquiller. Bruno termine la transformation de mon visage... La musique retentit... et j'entre sur scène dans la lumière trop forte de la poursuite qui balaie ma silhouette.

La représentation est un vrai succès !
Tina explose littéralement ce soir-là. Comme si tout le retenu inconscient de mon personnage m'échappait d'un seul coup pour aller s'écraser dans la salle qui hurle de rire à bon nombre de mes répliques... Pourquoi diable ce comédien a-t-il laissé passer un rôle si magique ?
A part quelques erreurs de chorégraphie -aucune de texte !- tout se passe à merveille. Et le lendemain, nous décidons de laisser Jessica Rabbit à Choupette, parce que je ne suis pas obligé d'avoir un numéro glamour, vu que mon personnage ne l'est pas vraiment.

"Fever" est lancé, il nous/m' appartient, ça va déménager et pour la première fois de ma vie, je suis fier de moi !

Joyeux Noël à tous !